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Madame, monsieur Vous avez toute ma sympathie et celle sans doute de milliers de gens qui ont versé une larme à la lecture de l’histoire, tristement ordinaire, de votre mère de 88 ans morte, le 4 janvier dernier, à l’hôpital Notre-Dame, pompeusement baptisé vaisseau amiral du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) et du réseau québécois de la Santé. J’aimerais bien être solidaire de votre chagrin et vous écrire une lettre réconfortante. Quelques lignes, remplies de mots apaisants qui atténueraient votre colère et la mienne. Je ne peux pas. Pourquoi ? Parce que votre dénonciation a deux graves défauts. Elle est empreinte d’amour filial et d’une déconcertante naïveté. Désolé de vous le dire aussi crûment, mais votre mère a reçu les soins et les services que l’on reçoit à son âge quand on a eu la malchance, comme elle, de se fracturer la hanche et d’être hospitalisée dans un hôpital universitaire de Montréal désorganisé de la cave au grenier en temps ordinaire et, à toutes fins utiles, fermé pendant les Fêtes. Vous devriez pourtant savoir qu’en décembre, à l’approche des joyeuses fêtes, alors que tous les autres services essentiels sont en place, les hôpitaux, les infirmières, les médecins ordinaires, les spécialistes, les directeurs du CHUM, les membres de son conseil d’administration font relâche. Comme si les accidents et la maladie disparaissaient comme par enchantement durant les vacances. Notre système de santé est organisé de telle manière que c’est la maladie qui doit s’adapter aux soins et à ceux qui les dispensent, pas le contraire. Votre maman a bien mal choisi son moment pour se fracturer la hanche. Notre système a cessé depuis longtemps d'être «humanisé». Ceux qui sont assis au sommet de la pyramide sont tellement imbus d’eux-mêmes et désabusés que les pires histoires d’horreur ne les font même plus sourciller. Informés d'une horreur, à peine ont-ils un petit haussement d'épaules. Eux, ils sont à l’abri. Ils ont leurs entrées et leurs petits amis. «Just too bad» pour l'humanité souffrante. Et quand ils élèvent la voix ou écrivent dans les journaux pour déplorer qu’un tel incident ait pu survenir, c’est pour mieux se disculper et camoufler à grand renfort de «nous n’y sommes pour rien» leur affligeante irresponsabilité. La désorganisation et la déficience des soins ne font ni plaies de lit ni de cadavres au gouvernement, au conseil d’administration ou dans les rangs de la haute direction. Des histoires comme la vôtre, les tiroirs de l'ombudsman de l'Hôpital Notre-Dame du CHUM en sont pleins. Mais si cela peut atténuer votre douleur, ce n'est pas vous qui avez laissé tomber votre mère lorsqu'elle avait le plus besoin d'aide. Comme société qui tolère et continue d'engraisser, sans réclamer que l'on y mettre de l'ordre, un système de santé plus malade que celles et ceux qu'il prétend soigner, c'est nous les coupables, c'est nous qui l'avons fait. Voilà, madame, monsieur, pourquoi ma lettre ne peut pas être réconfortante. Carl Miller
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