Miroir et journalisme de guerre
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(C.M. 3 décembre 2001) Au Québec, n'importe qui peut jouer au journaliste (http://www.fpjq.org). Faut-il alors se surprendre de la mésaventure de ce jeune informaticien en chômage devenu, du jour au lendemain, correspondant de guerre pour le compte du journal montréalais The Mirror ? Faut-il lui en vouloir d'affirmer bien haut que les Talibans, qui lui ont laissé la vie sauve, sont du "bien bon monde" et que les Américains ne devraient pas les canarder de la sorte? La crédibilité journalistique, il l'apprendra bien vite, ne s'acquiert pas parce que l'on joue les grands reporters sur un champ de bataille. Toutefois, il faut reconnaître à ce jeune homme cette belle innocence propre aux aventuriers, ce que refuseront de faire bien des journalistes chevronnés. Ils préféreront décrier sa naïveté et son appât du gain avec cette sagesse acquise au cours de leur longue carrière et qui les gardent bien au chaud, à l'arrière, loin des combats. Quand à la protection dont les pigistes jouissent ou devraient jouir lorsqu'ils fréquentent les champs de bataille, on en fait inutilement un plat. Celles des journalistes salariés n'est pas meilleure. C'est la guerre au front qui veut ça. Quant aux vestes pare-balles et à la formation de quelques jours dispensée par l'armée, il n'y a pas d'illusion à se faire. C'est de l'angélisme, une illusion vous diront les correspondants de guerre de métier. Rien ne peut remplacer "l'intelligence du terrain", c'est-à-dire une connaissance étendue des comportements des groupes d'humains déchaînés, morts de peur et assoiffés de vengeance qui de jour comme de nuit s'affrontent à coups répétés de tout ces machins qui font la fortune des marchands d'armes, qui mutilent, qui tuent. Les correspondants de guerre ne sont pas des héros et ils sont rarement les bienvenus au combat. En faire des martyrs est aussi insensé que d'en faire des victimes au nom du droit du public à l'information. Lorsque l'on joue les petits soldats avec pour toute arme un calepin de notes, une caméra en bandoulière et, pour toute expérience, le désir secret de s'enrichir avec la publication des mémoires d'un correspondant de guerre, vaut mieux rester chez soi. Inutile de s'appitoyer sur le sort de celles et ceux dont la mort est la conséquence d'un choix délibéré.

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