Douanes Canada à Mirabel :
petit bordel deviendra grand

Si, dans certains pays, le défi dans une file d’attente consiste à passer devant celui qui nous précède, au Québec, relent de culture anglo-saxonne sans doute, on attend son tour. Cette forme de politesse réduit grandement les chances qu’une tape sur la gueule rappelle au contrevenant que le civisme a sa place partout, même dans les files. À l’aéroport de Mirabel, la Gendarmerie Royale du Canada et Douanes Canada n’ont pas encore compris qu’en laissant à eux-mêmes les voyageurs qui arrivent, ils manquent à leur devoir : empêcher que les échanges verbaux ne dégénèrent en bataille rangée. Ce qui ne manquera pas de survenir si des mesures adéquates ne sont pas prises.

Le 17 juillet dernier (2001), retour de France à bord du vol 900 de Corsair, sans escale et sans histoire. Sept heures avec les genoux dans le front et, comme voisin, un Frère des Écoles chrétiennes qui, l’odeur de rance qui se dégageait de sa personne le prouvait, n’avait pas enseigné l’hygiène corporelle et les bonnes manières en société. Pourquoi ces détails ? Parce que lorsque l’on passe sept heures à regretter de ne pas voyager en première et de ne pas avoir sur soi l’échantillon de Givenchy ou de Chanel que l’on vous a proposé Place Vendôme, on trouve le temps long. Très long. La hâte de quitter l’aéronef, à chaque seconde, se fait plus pressante. L’impatience s’installe et les nerfs que l’on croyait détendus et reposés remontent à fleur de peau en un temps record. Heureusement, pense-t-on, le supplice de la sueur qui pue et de l’engourdissement des membres inférieurs n’est pas éternel. On se console en pensant qu’une fois l’atterrissage en douceur réussi – ce qui fut fait par le commandant Smith  - tout rentrera dans l’ordre. L’air pur (?) du Québec fera son œuvre. Erreur. Grossière erreur.

Le 17 juillet dernier, vers 15 h 30, notre avion n’était pas seul à l’arrivée. Il y en avait quatre autres remplis de voyageurs pressés de se retrouver chez eux ou encore de découvrir, voire de redécouvrir, le Canada «le plus meilleur pays du monde».

Cinq gros porteurs qui arrivent en même temps, c’est plus de 1000 passagers. Pour accueillir cette faune et cette flore, 6 douaniers expérimentés. En autant que nous avons pu en juger, ils ont fait leur travail correctement avec courtoisie et diligence. Notre propos n’est donc pas de décrier le travail des douaniers. Travail qui, nous le reconnaissons d'emblée, ne s’effectue pas toujours dans la joie et la sérénité.

Notre propos porte sur les files d’attente, c’est-à-dire sur cette partie du voyage qui fut désagréable. Lorsque  laissés à eux mêmes à l'aéroport de Mirabel ils entrent dans la grande salle où l'on a installé les douaniers,  les voyageurs et leurs bagages à main forment des rangs serrés qui comptent jusqu’à 6 personnes de front.

Dans ces files où l'impatience est palpable, il y a des petits malins qui tentent de vous passer devant comme si de rien n’était, en regardant ailleurs. Si vous ne dites rien, ils s’installent.  Alors commence le jeu du coude. Pousse-toi que je m’y mette ! Le monsieur bien élevé, mais pas content de se faire passer devant demande au jeune couple de reprendre sa place derrière lui. La madame du jeune couple s’offusque : «M’enfin qu’est-ce que c’est que ce pays ???». Réponse moins polie du monsieur : «Si vous ne voulez pas l’apprendre trop brusquement, reprenez votre place.» Et la dame de s’enflammer : «Mais j’étais là avant vous». Dans le brouhaha, quatre autres personnes en profitent pour vous coiffer à la ligne d’arrivée. C’est alors que le monsieur qui attend derrière vous entre en action en mettant sa voix au service de la veuve et de l'orphelin : «Câl… ça va faire. Hey l’épais ! Si t’es mal élevé, tu vas apprendre qu’icitte, hos… on se met en ligne, pis on attend son tour. As-tu compris ? Si t’es bouché, m’a m’organiser pour que tu comprennes. Enwoueille derrière, grouille !». Impressionné par la taille, la gueule, le ton et la détermination de l’autochtone, l’intimé obtempère en s’excusant,  mais non sans dire à sa fiancée : «J’te l’avais dit, c’t'un pays de cons!». Et le monsieur, qui le prend personnel, d’allonger un coup de pied de champion de soccer dans le sac de voyage du jeunot estomaqué. L’objet, dans un bruit de bouteilles qui s’entrechoquent, va s’écraser à l’arrière quelque part. Pagaille dans la file. Sourires entendus des uns. Applaudissements des autres.

Heureusement, un monsieur aux allures et au verbe de curé s’interpose en expliquant poliment au jeune homme et à sa blonde de ne pas insister. «Au Québec, les gens utilisent parfois la taloche pour se faire comprendre. Ils sont fiers et quand ils perdent patience...»

Pendant que les esprits s'échauffaient, j’ai pu observer que trois membres de Douanes Canada, pourtant à deux pas de la scène, regardaient ailleurs. Mieux. Dès que le ton a monté, subitement devenu sourd, ce beau monde en uniforme  s’est volatilisé par la porte d’un local «Réservé au personnel». Pendant ce temps, deux  membres de la Gendarmerie Royale du Canada indiquaient le chemin à celles et ceux qui avaient droit à la fouille et la sortie aux autres réputés en règle.

Cette situation n'est pas nouvelle. Toujours à Mirabel, au retour de Cuba en février dernier, le scénario était le même : échanges de gros mots sur fond de bousculade. Après la rage au volant et la rage dans les airs allons-nous faire face à la rage aux douanes?

À quelle porte faut-il frapper pour que la Gendarmerie Royale du Canada, Douanes Canada et les autorités aéoroportuaires considèrent qu’un service d’ordre pour contrôler les lignes d’attente est indispensable? L’installation de cordons, un affichage approprié et une surveillance adéquate auraient au moins deux mérites. Le premier : empêcher que des passagers choqués remettent manu militari les resquilleurs et autres indisciplinés à leur place. Le second : donner des Québécois, des Canadiens et des douaniers l’image de ce qu’ils sont : des gens habituellement civilisés, disciplinés, qui savent accueillir les visiteurs en leur évitant les désagréments d’un premier contact agressif et ...impoli.

 

Carl Miller

Retour à la une de PANORAMA
Tous droits réservés
Agence de presse Reporters Associés
Pour nous joindre
Dir.information@reporters-associes.ca