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Dès les années 20, lenseigne lumineuse au néon a envahi les vitrines et les façades des villes, prenant de plus en plus de place, dimportance. Symboliques ou figuratives, elles annoncent maintenant tout, de lhumble échoppe dun artisan à la super industrie en passant par le cabinet dentaire ou médical, du simple lettrage à la calligraphie la plus complexe, du logo ou du symbole le plus dépouillé à limagerie animée. Nous sommes habitués à cet éclairage des rues multicolore et animé, à ces jeux de lumières qui illuminent les rues dès la nuit tombée, rendant presque sinistres, voire inquiétantes, celles qui en sont dépourvues. On les voit en vue densemble, on ne sattarde pas souvent au détail, au particulier. Seule une originalité dans la forme, lexpression, le mouvement ou la conception nous en fera remarquer une parmi les autres. Ces jeux colorés de lumières, contrôlés par une technique électronique chaque jour plus sophistiquée et performante, sont synonymes bien sûr de progrès. Un progrès qui a malheureusement relégué loin derrière lui, si ce nest pas supprimé, les relations très singulières et familières qui pouvaient exister entre lhomme et ses besoins. Il fut en effet un temps, pas si éloigné, où chaque artisan créait et façonnait ses propres outils de travail pour quils soient parfaitement à sa main et adapté au travail particulier auquel ils étaient destinés. Ces outils étaient personnels et non interchangeables. De même pour les enseignes, chaque corps de métier, chaque artisan, chaque commerçant, créait et affichait sa marque, sa griffe, son symbole, certains encore couramment utilisés de nos jours: les barbiers, les pharmaciens, certains identifiant parfaitement le commerce ou le service rendu. Lenseigne répondait alors à la définition suivante: panneau portant un emblème, une inscription ou un objet, un dessin, une illustration symbolique quun négociant ou un artisan met devant son établissement pour se signaler au public. Si elle na jamais été complètement abandonnée, lenseigne traditionnelle avait cédé le pas à lefficacité du néon, sétait réfugiée loin en province ou, au contraire, devenait la marque de commerce de boutiques à la mode. Elle semble aujourdhui retrouver un regain de popularité. En effet, de nombreux artisans et commerçants de toutes sortes préfèrent à lagressivité du néon, le charme un peu désuet dune enseigne à lancienne. Certaines, comme leurs ancêtres, laissent deviner facilement lentreprise quelle annonce; dautres, au contraire, restent énigmatiques, hermétiques aux non initiés, secrètes. Ce nest quen sapprochant quelles révèlent leur signification. Mais le rôle dune enseigne nest-il pas justement dattirer le client? Bien sûr, lenseigne de type traditionnel utilise maintenant dans ses symboles des abstractions inconnues autrefois et remplit souvent un rôle plus esthétique que pratique. Simples, certaines minutieusement ouvragées, colorées, originales, ces enseignes traditionnelles intriguent, charment, souvent étonnent et émerveillent. Elles sont assurément un témoignage dun monde en voie de disparition, dun monde où lindividu primait encore sur la machine, le particulier sur le général et le singulier sur luniformité et la conformité. Philippe Amiguet |
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