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| Quelquun a un jour, du temps de la
dictature, écrit que si aujourdhui les Russes et les Américains se lançaient à
la conquête de lespace et de lunivers, cétait grâce aux Portugais
qui, les premiers, eurent lidée de partir à la découverte de mondes nouveaux.
Pourquoi pas! Quoiquil en soit, le Portugal est indubitablement un pays de
découvertes. De la Costa Verde au Nord à lAlgarve au Sud, 850 kilomètres de plages de sable fin, immenses et tranquilles, bordées de pinèdes ombragées, de la terre ferme aux enchantements des îles de Madère ou des Açores, de la ville à la campagne, des montagnes à la mer, ce pays offre une variété infinie de charmes, de beauté, de coloris, de contrastes, dodeurs et démotions. Ville séculaire, ville de marins, escale du bout de lEurope, avec ses monuments de style manuelin - cet art dune ornementation à la fois délicate, élégante et exubérante, intimement lié à lexpérience maritime et dédié aux découvertes de nouveaux mondes - ses petites places ombragées et ses maisons décorées dazulejos, ses ruelles étroites et sinueuses grimpant à lassaut des quartiers hauts, ses trottoirs en mosaïque et ses fortes odeurs marines qui montent du port accompagnées des barrissements plaintifs des sirènes des bateaux ancrés en rade, Lisbonne respire et évoque les voyages et laventure. Dominée par les murailles imposante du château São Jorge, la ville descend rapidement jusquau rives du Tage par les ruelles tortueuses du quartier dAlfama où tous les murs semblent chanter et résonner aux accents mélancoliques, sauvages, déchirants, mystérieux et magiques du fado, mot qui signifie "destin" en portugais. Et quand la nuit tombe et que les lumières de la ville sallument, que les terrasses des cafés et des restaurants saniment dun souffle nouveau, que se répandent les odeurs de sardines grillées, de fruits de mer, de vin, dherbes aromatiques et dépices, lobscurité envahit soudain les eaux du fleuve scintillantes des mille reflets des feux de position des bateaux et des lumières de Samouco, Seixal, Cacilhas et dAlmada, sur lautre rive. La "saudade", une aura nostalgique comme le son dune corne de brume, semble recouvrir la ville. La rumeur de la cité alors sestompe et ne subsiste plus que le clapotis des eaux du Tage contre le quai. Et le pays nest pas si grand que lon puisse oublier Porto, patrie du vin, baignée par les eaux du Douro où se reflètent les quartiers anciens aux ruelles et aux escaliers pittoresques: Coïmbra, la cité universitaire, ancienne et toujours chantée par les poètes; Fatima et sa célèbre église, Nazaré et ses barques colorées, Barcelos dont le coq est devenu un emblème du Portugal, Queleuz, surnommée le "Versailles" du Portugal à cause de son palais de style rococo, Guimaraes, première capitale médiévale du pays, Bathala et son monastère, Cascais, Sintra, Evora, Setubal, Tomar, Sesimbra, Santarem ... Puis cest lAlgarve au ciel dune extraordinaire luminosité, dernière enclave mauresque en Europe dont le nom arabe signifie "jardin" et où les amandiers fleurissent en janvier. Deux cent kilomètres de littoral adossé à la Sierra Monchique couverte de verdure, de lauriers- roses, de chênes-lièges, de pins, doliviers, de châtaigniers, de caroubiers; deux cent kilomètres de plages de sable blond entrecoupées de falaises aux couleurs vives; deux cent de mer bleue et turquoise transparente; deux cent kilomètres de la frontière espagnole jusquà Sagres, port de pêche pittoresque et haut-lieu historique doù partit au XVème siècle Henri le Navigateur pour explorer les rivages de lAfrique jusque loin dans le Sud, jusquen Angola. Et puis cest Cabo São Vincente. On ne peut pas aller plus loin. Un pas de plus et nous sommes déjà en route pour les Amériques. Cest la pointe extrême de lOccident, de lEurope, le "promontarium sacrum" des Romains au-delà duquel ils situaient la fin du monde. Philippe Amiguet |
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